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Mardi 15 septembre 2026 — Édition Saint-Domingue
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RD et USA : la dépendance à 80% — une réalité que chaque dominicain devrait connaître

Sur dix dollars de marchandises exportées par la République Dominicaine, huit sont achetés par un Américain. La diaspora dominicaine aux États-Unis envoie plus d'argent au pays que ce que génèrent parfois tous les hôtels de Punta Cana réunis. Cette dépendance n'est pas un problème — c'est une réalité structurelle que tout investisseur, résident ou décideur doit intégrer dans son cadre de lecture.

Sylvain Maufrais17 mai 2026Analyse sectorielle

Il existe une règle empirique simple pour comprendre l'économie dominicaine : chercher les États-Unis derrière chaque indicateur majeur. Le commerce extérieur, les remesas, le tourisme, le financement de la dette, la politique anti-corruption — dans chaque dimension, Washington est présent. Pas comme puissance d'ingérence, mais comme pilier structurel d'une économie qui s'est construite, au fil des décennies, en orbite américaine.

Le commerce extérieur : 80% d'un seul côté

Les exportations dominicaines sont destinées aux États-Unis à hauteur d'environ 50 à 55% en valeur directe selon les années — mais ce chiffre sous-estime la réalité. Les zones franches (zonas francas), qui représentent une part majeure des exportations manufacturières dominicaines (textile, tabac, bijoux, équipement médical), exportent quasi-exclusivement vers le marché américain. En intégrant ce flux, la dépendance commerciale effective approche ou dépasse les 80% selon les années.

Le DR-CAFTA — Traité de Libre-Échange entre les États-Unis, l'Amérique Centrale et la République Dominicaine, en vigueur depuis 2007 — a consolidé cette structure. Il a ouvert l'accès au marché américain pour les produits dominicains, en contrepartie d'une libéralisation progressive du marché dominicain aux produits américains.

(Source : Banco Central de la República Dominicana — bcrd.gov.do — statistiques commerce extérieur 2023-2025)

Premier comparateur : sur 10 dollars exportés, 8 vont aux USA

La phrase la plus simple pour mesurer cette réalité : si les États-Unis décidaient demain de suspendre leurs achats aux entreprises des zones franches dominicaines, l'économie dominicaine perdrait sa principale source de devises en quelques semaines. Aucun autre marché — ni l'Europe, ni l'Amérique Latine, ni l'Asie — ne peut absorber ces volumes à court terme.

Ce n'est pas une critique. C'est une donnée structurelle qui doit figurer dans toute analyse sérieuse du risque-pays en République Dominicaine.

Les remesas : quand la diaspora dépasse le tourisme

La République Dominicaine a reçu plus de 10 milliards de dollars de remesas en 2023 — un record historique. Ces transferts proviennent à plus de 80% de la diaspora dominicaine établie aux États-Unis, concentrée à New York, Miami, Boston et New Jersey.

Pour la comparaison : les revenus du tourisme international en République Dominicaine se situent entre 8 et 10 milliards de dollars selon les années. Les remesas ont donc régulièrement dépassé les revenus du tourisme — ou s'en approché de très près. Pourtant, les grands plans de développement économique dominicains parlent toujours de tourisme. Rarement de diaspora.

(Source : Banco Central de la República Dominicana — bcrd.gov.do — statistiques remesas 2020-2024)

Deuxième comparateur : la diaspora de New York envoie plus que Punta Cana ne génère

Les dominicains établis dans la région de New York et dans le New Jersey envoient, à eux seuls, plusieurs milliards de dollars par an vers leurs familles en République Dominicaine. Ce flux surpasse certaines années la totalité des revenus générés par les hôtels et complexes touristiques de la zone de Punta Cana — la principale destination touristique du pays.

Ce comparateur illustre une réalité souvent absente du débat économique public : la principale industrie d'exportation dominicaine n'est pas le textile, ni le tourisme — c'est le travail de ses migrants aux États-Unis.

Le tourisme : premier marché émetteur, et de loin

Les États-Unis sont le premier pays émetteur de touristes vers la République Dominicaine, représentant environ 40 à 45% des arrivées aériennes totales. En 2023, le pays a accueilli plus de 10 millions de visiteurs — un record — dont la majorité provenait du marché nord-américain.

Cette concentration expose directement le secteur touristique dominicain au cycle économique américain. Une récession aux États-Unis, une crise de confiance des consommateurs américains, ou un événement sécuritaire amplifié par les médias américains peuvent affecter significativement les réservations en quelques semaines.

(Source : Ministerio de Turismo de la República Dominicana — mitur.gob.do — estadísticas turísticas 2023-2024)

Les canaux d'influence non commerciaux

La dépendance structurelle dépasse le commerce et le tourisme. Elle opère également par des canaux institutionnels que tout investisseur étranger doit connaître.

Le premier est la politique anti-corruption. Le Département d'État américain publie régulièrement des listes de personnalités impliquées dans des faits de corruption ou de narcotrafic — avec des conséquences directes : interdiction de visa, gel d'avoirs aux États-Unis, isolement diplomatique. L'Ambassade américaine à Santo Domingo est, de facto, l'ambassade étrangère la plus influente du pays. Ses prises de position publiques sur des dossiers judiciaires ou politiques dominicains ne sont jamais anodines.

Le second est le financement international. L'accès de la République Dominicaine aux marchés obligataires internationaux et aux programmes du FMI dépend en partie de la qualité de ses relations bilatérales avec Washington. Un gouvernement en mauvais termes avec les États-Unis se retrouve dans une position de financement plus coûteuse et plus incertaine.

Ce que cette réalité implique pour l'investisseur étranger

La dépendance structurelle aux États-Unis n'est pas en soi un facteur de risque négatif — elle est un facteur de risque concentré. La République Dominicaine profite directement de la croissance américaine : quand l'économie américaine est forte, les remesas augmentent, le tourisme progresse, les zones franches tournent à plein régime. Quand elle ralentit, tous ces moteurs ralentissent simultanément.

Pour l'investisseur français ou européen, cette réalité a une implication pratique : l'analyse de son investissement en République Dominicaine doit intégrer une variable américaine. Les indicateurs à surveiller ne sont pas seulement dominicains — ils sont aussi américains : taux de chômage US, indice de confiance des consommateurs américains, politique commerciale de Washington.

La République Dominicaine gère intelligemment cette dépendance depuis plusieurs décennies. Mais une dépendance bien gérée reste une dépendance — et elle mérite d'être nommée.

(Sources : Banco Central de la República Dominicana bcrd.gov.do — Ministerio de Turismo mitur.gob.do — DR-CAFTA USTR ustr.gov — CEI-RD cei-rd.gov.do)

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Sylvain Maufrais
Conseiller juridique · Agent immobilier agréé RNC 131313728
Installé en République Dominicaine depuis 2003, Sylvain Maufrais conseille des investisseurs et expatriés français sur le droit immobilier, la fiscalité et les procédures administratives dominicaines. Fondateur de RDLive, il produit des analyses normatives fondées exclusivement sur les sources officielles dominicaines (BCRD, SB, DGII, MICM). À propos →
Article rédigé sur la base de données officielles publiées par les institutions de la République Dominicaine (BCRD, SB, DGII, MICM, MITUR). Les analyses et recommandations constituent l'opinion éditoriale de RDLive et ne sauraient être assimilées à un conseil juridique ou financier. Sylvain Maufrais · Conseiller juridique · Agent immobilier agréé RNC 131313728